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UNE RADIO
LIBRE : ROYAN FRÉQUENCE
Depuis
quelques mois, se sont créées un peu partout en France
des radios libres (ex : radios pirates). L'ampleur du phénomène
a d'ailleurs débordé les autorités et tout se passe
un peu dans l'anarchie en attendant le projet de loi adopté par
le Conseil des Ministres du 9 Septembre 1981 qui doit venir en discussion
au mois d'Octobre. Les radios libres attendent cette loi avec impatience
car elle devrait lever le voile sur les problèmes de leur indépendance,
de leur financement, de la publicité, du rayon de diffusion,
etc.
Actuellement, sur l'ensemble du territoire, on recense plus de 450 radios
libres. L'une d'entre elles, Royan-Fréquence, créée
en Juillet 1981, est dirigée et animée par notre collègue
Ph. T. du bureau de Royan ; aussi nous a-t-il paru opportun de
l'interroger sur le fonctionnement de sa station. Ses propos ont été
recueillis par Jacques MACHEFERT, lui-même animateur sur Royan-Fréquence.
J. M. :
Comment est née l'idée de créer une radio libre
à Royan ?
Ph. Tr. : L'idée de la radio libre n'est pas nouvelle puisque
de nombreuses stations, autrefois appelées « pirates »,
ont diffusé dans le monde entier et ce depuis longtemps. Aussi
pour toute personne passionnée par la technique et l'animation
de la radio, la création de sa propre station en est l'aboutissement
logique. De même qu'un photographe averti finit par se monter
son propre labo (ce n'est pas toi qui me contrediras !) En fait,
tout a commencé par une « radio fermée »
sous la forme d'émissions sur cassettes en attendant les événements
qui ont permis l'existence des radios libres.
J. M. :
Comment s'y prend-on pour monter une radio libre ?
Ph. Tr. : Avant toute chose, il convient de créer une association
ou société. Dans notre cas, nous avons opté pour
une association type Loi de 1901. Ensuite, il faut acquérir le
matériel dont l'élément essentiel est l'émetteur
et son antenne. À ce propos, bon nombre de stations s'équipent
en Italie où les radios libres sont déjà très
fortement implantées. En ce qui nous concerne, nous avons préféré
nous adresser à un artisan français ; l'appareil,
certes plus onéreux, étant plus performant et respectueux
des normes de diffusion. Inutile de parler des éléments
connus tels que : platines, amplis, micros, pupitres de mixage,
etc.
J. M. :
Ouels sont vos moyens de subsistance ?
Ph. Tr. : Tu touches-là un point crucial puisque respectant
les décrets sur les radios libres, nous n'avons pas recours à
la publicité (pour l'instant) et devons nous contenter des éventuels
dons des auditeurs et surtout de la participation des animateurs. Cette
situation ne saurait se prolonger indéfiniment, l'entretien d'une
station comme Royan-Fréquence nécessitant une certaine
trésorerie.
J. M. :
Le matériel certes, mais le local ?
Ph. Tr. : Du ler Juillet au 15 Septembre nos studios furent implantés
dans la rotonde du Casino de Royan ce qui nous permit d'offrir une vulgarisation
positive de la radio aux très nombreux passants. Actuellement,
la Mairie de Royan met à notre disposition un studio dans l'enceinte
du Palais des Congrès.
J. M. :
Voilà les moyens matériels, restent les moyens humains.
Ph. Tr. : C'est certainement l'aspect le plus important d'une radio
libre. Quelle que soit la qualité du matériel, ce sont
les gens qui font la différence. J'ai essayé de regrouper
autour de moi une quinzaine de personnes suffisamment compétentes
à leur niveau, tout comme on constitue une équipe sportive ;
mais une équipe amateur puisque les animateurs, comme moi-même,
sont bénévoles. Je dois avouer ma chance d'avoir réussi
à constituer un groupe de gens compétents et philanthropes.
J. M. :
Je suppose que chacune de ces personnes a sa spécialité ?
Ph. Tr. : J'en reviens toujours à la comparaison avec une
équipe où chacun à sa spécialité
en fonction de ses possibilités. En effet, chaque animateur produit
lui-même son émission.
J.M. :
Peux-tu nous donner une idée des programmes de Royan-Fréquence ?
Ph.Tr. : Le plus simple est que je te donne le programme d'aujourd'hui
samedi :
07 H à 09 H 30 : R. F. Matin (émission destinée
à offrir un réveil musical aux auditeurs).
09 H 30 à 13 H : Programme musical et jeux téléphoniques.
13 H à 14 H : Classique
14 à 15 H : L'invité du jour
15 H à 16 H : Liaisons françaises (chanson française).
16 à 18 H : Face à la plage (Actualités musicales).
18 H à 19 H : Hit Parade (d'une classe d'un établissement
scolaire).
19 H à 21H : Tequilla (Rock-Funk).
21 H à 22 H : ROYAN'a vouloir de la musique (Chanteurs et
musiciens locaux).
22 H à 23 H : Jazz (tu dois en connaître l'animateur !)
23 H à 01 H : Dansez sur moi.
Plus les différents flashes d'information locale à raison
de quatre par jour ainsi qu'une séquence petites annonces.
Il est bien évident qu'à l'exception de quelques émissions
quotidiennes, les programmes sont différents selon les jours :
(exemple : le Dimanche sport local de 18h à 19h).
De plus nos micros restent ouverts à toute personne et en particulier
aux responsables d'associations.
J. M. :
Est-ce qu'il y a un style de musique Royan-Fréquence ?
Ph. Tr. : Les radios libres permettent l'audition de musiques malheureusement
trop souvent méconnues. Pour notre part, nous essayons d'éviter
les disques « matraqués » par les stations
périphériques. Quant au style, il diffère selon
l'animateur, cependant on nous assimile souvent à une radio californienne
(... ).
À noter que nous confectionnons nous-mêmes nos « jingles »,
dont certains chantés, donnent une couleur particulière
à notre radio.
J. M. :
Comment Royan-Fréquence fait-elle sa propre publicité ?
Ph. Tr. : D'une part, le caractère local de la station favorise
la publicité de bouche à oreille, sans oublier les affiches,
autocollants, T-shirts, etc.
D'autre part, nous avons organisé cet été différentes
manifestations dont l'une peut-être considérée comme
un événement inédit puisque Royan Fréquence
a offert aux royannais et vacanciers, un spectacle suivi d'un bal gratuit
diffusé simultanément dans 7 nights clubs ainsi que dans
une multitude de restaurants et cafés. Le 20 Août au soir,
tout Royan dansait sur Royan-Fréquence.
J. M. :
Comment Royan-Fréquence est-elle ressentie par les Royannais ?
Ph. Tr. : C'est justement un ressenti extrêmement favorable
qui nous a poussés à poursuivre après la saison
estivale. Nous recevons de nombreux témoignages téléphoniques
et écrits qui nous sont d'un grand soutien. Je crois pouvoir
dire que nous avons permis à beaucoup de gens de découvrir
la F. M.
J. M. :
Tu fais de la radio pour toi ou pour les auditeurs ?
Ph. Tr. : Un couple fait-il des enfants pour lui ou pour eux ?
J'ai toujours estimé qu'un dirigeant bénévole d'association
n'avait aucun mérite, même si son action est généreuse,
puisque son état d'esprit est tel qu'il ne peut agir différemment.
La radio, c'est vrai, pour mon plaisir (et heureusement !) en espérant
que celui-ci sera partagé par les auditeurs. Nous avons des devoirs
envers eux et nous essayons de les respecter et surtout nous nous efforçons
de ne pas sombrer dans le nombrilisme.
En résumé, notre plaisir c'est celui des auditeurs :
Royan-Fréquence leur appartient.
J. M. :
Est-ce qu'une radio libre ne risque pas de se substituer à la
presse écrite locale ?
Ph. Tr. : Sur terre, il y a malheureusement des sourds et des aveugles !
(au sens propre et figuré). Il n'est pas question de se substituer
à la presse mais de lui apporter une complémentarité.
Et pourquoi pas, faire profiter les lecteurs de CR17 Actualités
de nos connaissances musicales sous la forme d'une rubrique mensuelle ?
J. M. :
C'est noté. À ton avis, les radios libres sont-elles vraiment
libres ?
Ph. Tr. : C'est une de nos principales préoccupations. Elles
seront libres si sont évitées les radios de profit et
d'intérêt personnel. Nos limites en matière de liberté
sont fixées par le respect des auditeurs et par nos moyens de
subsistance.
J. M. :
Et demain ?
Ph. Tr. : Écoute sur FM 96 Mhz.
Il est
1 Heure du matin, le cendrier est plein et les verres sont vides, les
émissions s'achèvent sur Royan-Fréquence :
l'animateur donne les programmes du lendemain et nous souhaite une bonne
nuit. Il est temps pour moi de quitter Ph.: nous n'avons pas eu le temps
de faire le tour du sujet, d'ailleurs un numéro entier de CR17
Actualités n'y aurait pas suffi. Ph. avait encore beaucoup de
choses à nous dire sur « sa » radio.
Pour en savoir plus, après l'avoir lu, le mieux est certainement
de l'écouter : la radio c'est fait pour ça !
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